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À Paris, Binance vient en pantoufles

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À Paris, Binance vient en pantoufles


La plateforme Binance est devenue en l’espace de quelques années une des bourses d’échange de cryptomonnaie les plus en vue. Fondée en 2017 par le Hong Kongais Changpeng Zhao, cette plateforme permet d’échanger plus de 300 cryptomonnaie et propose de nombreux autres services de finance décentralisée. À l’occasion de la Paris Blockchain Week Summit qui a lieu cette semaine au palais Brongniart, le PDG de la société a multiplié les annonces confirmant son intention d’accélérer son implantation en France.

De l’argent sur la table

Binance a ainsi annoncé l’ouverture d’un « espace web3 » au sein de station F. Le Web3 est le nom donné au concept de web décentralisé, dont l’essentiel des applications seront basées sur les technologies de la blockchain. Cet espace Web3 aura pour ambition de soutenir les startups du secteur présentes en France et sera doté selon le PDG d’une enveloppe de 100 millions d’euros pour venir en aide aux jeunes pousses. Sur BFM Business, Changpeng Zhao a ainsi déclaré que la France était un « très pro business, pro web3 et pro Crypto » saluant la « législation très claire » du pays en la matière. Selon Zhao, « la France est en bonne voie pour devenir le champion du web 3 de demain. »


Binance a également ouvert des locaux français au mois de novembre 2021, qui emploient actuellement une vingtaine de personne mais la société promet de recruter plus d’une centaine de nouveaux employés dans les mois à venir.

Les déclarations et les investissements ne sont pas uniquement du à la générosité des fondateurs de Binance. Il est de notoriété publique que la plateforme cherche depuis plusieurs mois à obtenir le précieux agrément PSAN (Prestataire de Service en Actif Numérique), un statut mis en œuvre par l’AMF. Décliné sous deux formes, l’enregistrement et l’agrément, le statut PSAN permet de distinguer les entreprises ayant été validées par l’autorité française des marchés financiers. Plus compliqué à obtenir que le simple enregistrement PSAN, l’agrément est un statut précieux, dont l’obtention est conditionné à la vérification de nombreuses bonnes pratiques en matière de lutte contre le blanchiment et d’identification de ses utilisateurs. Celui ci permet à l’AMF de distinguer les « bons élèves » qui ont répondu à l’ensemble de ses exigences et donc de les mettre en avant, notamment auprès des acteurs institutionnels. Selon BFMTV, Binance a déposé un dossier d’agrément PSAN en décembre 2020, sans résultat. Et ils ne sont pas les seuls à s’y être cassé les dents : sur le site de l’AMF, la liste des entreprises disposant de cet agrément reste vide, plus de deux ans après la mise en œuvre de ce statut.

Un sérieux coup de pouce

Mais pour accélérer les choses, Binance peut également compter sur une recrue de choix : Stéphanie Cabossioras. Présente à la Paris Blockchain Week Summit à l’occasion d’une conférence portant sur l’utilisation de la blockchain dans la lutte contre le crime, celle ci était alors présentée sur scène comme une nouvelle employée de Binance, sans que son poste exact ne soit précisé.

 

Et elle a profité de ce tour de table pour rappeler son parcours : « Au cours des dernières années, j’ai travaillé pour l’autorité des marchés financiers sur les travaux préliminaires portant sur la régulation française en matière de cryptomonnaie. J’ai également travaillé sur le projet de régulation des cryptoactifs Mica, le projet de régulation européenne, largement inspiré de la régulation française » a-t-elle ainsi expliquée. Après un parcours de magistrate à la cour des comptes et de directrice adjointe des affaires juridiques à l’AMF, Stéphanie Cabossioras a donc cédé aux sirènes du privé. Et Binance ne va certainement pas s’en plaindre, sa nouvelle employée ayant directement participé à l’élaboration du statut des PSAN.

Ce « pantouflage » selon l’expression consacrée vient illustrer une tactique largement mise en œuvre par les grands acteurs du monde des cryptomonnaies au cours des dernières années. Pour nombre d’entre eux, le recrutement de hauts fonctionnaires de la fonction publique ou de politiciens est un moyen de muscler leurs efforts en matière de lobbying et de peser sur l’élaboration des régulations mises en œuvre par les différents états sur leur secteur. Selon l’ONG américaine Public Citizen, l’industrie de la cryptomonnaie a dépensé plus de 9 millions de dollars pour s’offrir les services de 151 lobbyistes au Congrès américain, dont de nombreux anciens employés de la fonction publique américaine. La France n’y échappe donc pas, mais le coup de pouce devrait certainement aider Binance à obtenir son précieux agrément.




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